Ces vitrines sont les visages silencieux d’une ville qui change.
Arlon, 2020.
La ville change, doucement, inexorablement. Les enseignes familières s’éteignent, les vitrines se vident, les pas résonnent différemment sur les pavés du centre. En un demi-siècle, la moitié des commerces historiques ont disparu. Ce que je croyais immuable s’efface, fragment par fragment, dans l’indifférence du quotidien.
Alors, avant que tout ne disparaisse, j’ai voulu garder trace. Photographier ces devantures abandonnées, celles de mon enfance, ou ce qu’il en reste, s’est imposé comme une évidence. Chaque façade raconte une histoire, chaque vitrine close garde la mémoire d’un échange, d’une voix, d’un sourire passé.Ces lieux vacants, multipliés au fil des ans, transforment le visage de notre ville. Ils modifient son rythme, son énergie, son âme même. Derrière ces images, il y a le constat d’une époque, mais aussi la mélancolie d’un témoin impuissant.
Ce travail est un geste de mémoire. Une tentative pour retenir ce qui s’efface, pour faire parler le silence des murs.
À travers ces photographies, je cherche à transmettre ce mélange d’émotion et de nostalgie, mais aussi une interrogation: que reste-t-il de la proximité, du lien, de la chaleur humaine lorsque le commerce devient virtuel, distant, impersonnel ? Ces images ne sont pas seulement un inventaire, elles sont une conversation avec le passé, et peut-être un appel à retrouver le goût du présent.
Un geste pour retenir ce qui s’efface, avant que le silence ne s’installe
