Parcourir la ville
Venise ne se visite pas vraiment : elle se parcourt. Elle se découvre dans le mouvement, dans l’alignement d’un canal, dans la lenteur d’une gondole qui glisse entre les façades. Ainsi, cette série est née de cette expérience, lors de notre séjour à la Biennale de Venise en septembre 2017. Entre deux pavillons d’architecture et d’art contemporain, nous avons laissé la ville nous guider, sans itinéraire précis..

Lire Venise par ses canaux
Les canaux étroits imposent leur propre logique. Peu à peu, les murs se rapprochent, les perspectives se tendent, et l’eau devient un axe de lecture. Photographier Venise, c’est accepter cette contrainte, composer avec l’étroitesse, la proximité et les reflets instables. Dans ce rythme lent, les gondoles avancent presque silencieusement, comme si le temps lui-même s’adaptait à la ville.



Une lumière graphique
À cette période de l’année, la lumière était particulièrement marquée. Elle saturait naturellement les couleurs, simplifiait les formes et transformait façades et ombres en surfaces presque graphiques. Cette intensité, enfin, évoquait pour moi l’esthétique de la ligne claire, que j’ai volontairement prolongée dans le traitement des images, en assumant des couleurs franches et une lecture directe.


Une Venise plus discrète
En s’éloignant des axes fréquentés, une Venise plus discrète apparaît. Canaux secondaires, embarcations à l’arrêt, fontaines et passages étroits : la ville se montre alors dans son quotidien. Ces scènes simples, parfois presque invisibles, donnent à Venise sa profondeur et son humanité.


Du quotidien au monumental
Puis, l’espace s’ouvre. Le Grand Canal impose une autre échelle, plus ample et plus théâtrale. La circulation s’intensifie, les façades s’alignent, et la gondole devient un motif presque iconique. Ce contraste, toutefois, fait partie intégrante de la ville, capable de passer en quelques pas de l’intime au monumental.

Une mémoire maritime
D’autres lieux, comme l’Arsenal, rappellent une Venise plus brute. Murs épais, lignes rigides, présence industrielle : ici, l’histoire maritime affleure encore. Ces images, par ailleurs, complètent le récit en apportant un contrepoint plus austère à l’élégance de la lagune.



Le temps suspendu du Grand Canal
Depuis les hauteurs, Venise se laisse lire dans une ampleur plus apaisée. Le Grand Canal s’étire lentement, bordé de façades aux teintes chaudes, patinées par le temps. À cette heure du jour, la lumière adoucit les contrastes et unifie les volumes, tandis que le passage régulier des embarcations maintient un mouvement discret. Gondoles, vaporetto et bateaux de service dessinent des trajectoires lentes, donnant au paysage un rythme continu. Ce point de vue en surplomb offre une respiration dans le récit, révélant une Venise à la fois vivante et silencieuse, suspendue entre l’agitation et l’attente.


Cette série n’a pas vocation à décrire Venise dans son ensemble. Elle en propose plutôt une traversée sensible, faite de fragments, de lignes d’eau et de moments suspendus. Des images liées à un temps partagé, à une marche lente, et à une ville qui, plus que toute autre, sait retenir les instants sans jamais les figer.
Série réalisée en 2019.