Terrains ordinaires

Ce travail photographique s’inscrit dans l’exploration des espaces ordinaires et des scènes du quotidien qui s’y déploient. À l’image de ce que Hans van der Meer a pu révéler dans Dutch Fields, je m’intéresse à la manière dont un lieu banal, le terrain de football ordinaire, à la campagne, à la frange périurbaine, dans des espaces collectifs, devient un cadre significatif dès lors qu’il est observé avec précision et distance.

Ces images s’attachent à des situations simples, souvent reléguées en marge du regard. Terrains de sport, équipements et infrastructures modestes deviennent les témoins silencieux de pratiques ordinaires, de temps d’attente et d’usages intermittents, dessinant un récit visuel sur notre manière d’occuper l’espace. Le point de vue large et le cadrage distancié accordent au terrain une place essentielle, parfois dominante, faisant du contexte un acteur à part entière.
Cette démarche s’inscrit dans la continuité d’un langage documentaire existant, non pour le reproduire, mais pour le déplacer. Il s’agit d’en reprendre les principes afin d’en éprouver les limites, de les adapter à d’autres territoires et de produire une lecture personnelle, ancrée dans l’observation de mes propres environnements.
Fondée sur la patience et l’attention, la méthode repose sur une observation lente de lieux souvent vides, entre deux usages, où l’espace conserve la mémoire des pratiques collectives.. Les images laissent circuler le regard, invitant le spectateur à entrer librement dans l’espace photographié et à en reconstruire la dynamique.
Le projet interroge, en filigrane, les liens entre espace public, pratiques ordinaires et mémoire collective. En donnant une visibilité à des lieux modestes, il propose une lecture à la fois sensible et analytique de l’ordinaire, envisagé comme matière documentaire et esthétique.

Regarder ces espaces, c’est déjà leur redonner une place.